" Aller à la soupe " est une expression populaire pour qualifier ceux qui comme Kouchner se rallient à l’adversaire en position de force. Mais aussi ceux qui abandonnent le combat où renient leurs idées premières . C’est également sous cette formule lapidaire qu’étaient désignés les partisans de la troisième voie " ils vont à la soupe ". C’est au moins aussi vieux que le mouvement socialiste et ouvrier et il n’est pas dénué de fondement en la matière
La myopie politique pour les uns, des convictions brinquebalantes ou de circonstances pour les autres, poussent à suivre un mouvement apparent avec un réflexe mécanique, comme un effet de mode. Ils sont souvent poussés en cela par ceux qui justifient et nourrissent ainsi des desseins secrets . Il conviendrait de dire, quand la droite gagne, que l’électorat se droitise, et par voie de conséquence………Cette logique aurait conduit, par voie de conséquence à ce que le socialisme ne voit jamais le jour en tant que parti politique et force électorale. Pour rester dans la formule populaire, " caresser la bête dans le sens du poil ", c’est juste avant " d’aller à la soupe ". Faute de prévenir l’événement , d’aucuns se contentent de le subir, voire parfois de l’accompagner et le débat ne porte plus sur le fond mais sur la manière de subir ou d’accompagner. C’est une façon de détourner les bonnes questions, pour ne pas avoir à y répondre . Suivre les événements plutôt que de les précéder ou les anticiper est la plus vieille méthode de la droite et de tous les opportunistes.
Sauf qu’en s’inspirant de Gramsci, entre autre, les nouveaux libéraux ont compris qu’une bataille se prépare avec des idées aussi et que l’idéologie est un moyen de comprendre et de savoir. Il faut aussi et en premier l’adhésion des troupes traditionnelles avant de recruter des mercenaires et non l’inverse.
Le prétexte social-démocrate.
Combien ont pensé et écris dans les années 80-90 que l’avenir de l’Europe était social-démocrate ( Radice, député " travailliste " anglais). Ils n’en parlent plus. C’est en France que l’on en parle le plus, mais uniquement pour le devenir du PS. Pour le reste c’est le silence " radio ". C’est le nouveau prétexte afin d’habiller proprement la nouvelle référence en la matière, le blairisme (qui fait penser à un autre terme populaire peu flatteur).
S’engager dans la troisième voie, c’est " aller à la soupe ", en le disant le plus correctement possible. Pourtant nous savons tous par expérience que ce type de pratique nous a toujours conduit à la catastrophe. Elles se produisent généralement à la fin d’un cycle de pratique de gouvernement ou de " culture de gouvernement " et la clôturent par la débandade . Il y a des signes annonciateurs qui touchent l’homogénéité du Parti, l’accumulation de contradictions et la fuite en avant par l’abandon de principes et des références qui étaient celles des grandes périodes de progression. Sans complexes d’aucune sorte. Les complexes viennent introduisant des lignes toujours plus droitières.
La social-démocratie a connu des positions de force en Europe, qu’en est –il advenu ? Rien ! Le libéralisme a poursuivi sa marche forcée contre la volonté affichée des peuples de différents pays qui ont cru que la social-démocratie allait réellement infléchir ces politiques de droite. Non seulement celle-ci n’a pas agi dans le sens souhaité , elle a simplement accompagné les grands choix des milieux financiers et parfois même anticipés. Le résultat est là . Les partis sociaux-démocrates reculent partout, le SPD comme le New-labour ont perdu plus de la moitié de leurs adhérents. Le PSOE entame un recul constant, malgré l’élection surprise de Zapatero du à un rejet massif de la droite conduite alors par Aznar. En Italie il ne reste plus qu’un magmas , ventre mou centriste où l’on trouve pêle-mêle les résidus des grands Partis traditionnel
Les exemples ne manquent pas.
Cette deuxième gauche a perdu la mémoire de ses débuts, elle qui se voulait moralisatrice, sous la quatrième République, au temps de la guerre d’Algérie. A partir de 1975 elle apparaît comme étant la nouvelle gauche. Elle tend, trois décennies après à n’être plus que la nouvelle droite. Elle avait en ce temps là quelques alliés devenus célèbres, de droite, Domenach, Pauwels, Tesson, qui le sont encore un peu plus (de droite). Elle a de nos jours d’autres compagnons de route non moins célèbres. Ils avaient en commun une violente critique contre la politique de troisième force menée par la SFIO, pour des raisons aussi diverses que variées et tout aussi contradictoires. Ce qui est certain c’est que c’est cette politique qui a laminé la base du PS d’abord et son électorat ensuite.
Nous sommes déjà sous la cinquième République quand Gaston Deferre lance son idée de " Grande Fédération " ancrée au centre dans le cadre d’un mouvement social-démocrate, fédérant les forces centristes avec la gauche non communiste de l’époque. Il est par ailleurs candidat à l’élection présidentielle et clôturera ce cycle politique avec 5% des voix. Cela voulait-il dire qu’il fallait infléchir la ligne du Parti encore plus à droite ? Le PCF avec Duclos est à 21%. La gauche n’existe-t-elle plus ? Devant l’ampleur des dégâts, la raison va l’emporter !
Chaque fois dans l’histoire que les socialistes s’éloignent de leur champ politique originel, c’est le même constat, à l’exception prés. Un Parti de gauche " attrape tout " finit par ne rien attraper du tout. La gauche et la droite n’ont pas la même vocation. Les exemples ne manquent pas et ils ne sont pas le fait d’une répétition mécanique, mais d’une constante politique et historique.
Dans une situation de déclin et pour ne pas disparaître, face à une droite présente et au gaullisme triomphant, la SFIO toujours sur une ligne social-démocrate constitue la FGDS avec la gauche non communiste. Souvent contre l’avis d’une partie de sa direction incarnée en l’occurrence par Guy Mollet. Le but premier de cette coalition est d’arriver au premier tour avant les candidats du PCF. Le parti Communiste est idéologiquement dominant à gauche. C’est au sein même de la FGDS que l’on mesure les limites d’une telle stratégie. C’est toute la gauche qui doit s’unir. C’est dans ce sens que la direction socialiste va œuvrer avec le concours du CERES (fondé par Guy Mollet) et l’ERIS de Jean Poperen. Mollet , lui, persistera dans la nécessité d’une clarification idéologique avec le PCF , comme tout préalable à l’Union. Malgré les affrontements passés entre socialistes et communistes et malgré les rancœurs, l’idée fait du chemin chez les uns comme chez les autres.
C’est au moment du dernier congrès fédéral qui se tiendra dans chaque département que l’on pourra mesurer l’état des forces. C’est aussi le premier constitutif de celui d’Epinay. Dans les Hautes-pyrénées par exemple, il ne reste que 49 adhérents. C’est la motion de Jean Poperen qui l’emporte très largement.
Le renouveau.
Lors du congrès D’Epinay, c’est François Mitterrand qui l’emporte avec l’aide du CERES et de Pierre Mauroy et à partir de la stratégie d’Union de la Gauche le PS retrouvera progressivement une base et un électorat populaire. C’est par un positionnement à gauche qu’il va poursuivre son développement et fédérer d’autres forces autour de lui, sur la base du " Front de Classe ". Viennent ensuite les " assises du socialisme " et avec l’arrivée de Rocard le débat est relancé sur la tentation " centriste ". Cette thèse est battue en brèche au congrès de Metz et la parution du projet socialiste, qui confirme et accentue la ligne de gauche, celle qui conduira à la victoire de 81.
Le retour des vieux démons.
L’abandon graduel des principes qui nous ont conduits à la victoire vont être illustrés par la culture de gouvernement et les luttes intestines vont suivre. Le navire tangue au gré des vents et des forces qui s’affrontent . Le Parti de " Changer la vie " se contente de " gérer la vie " . Le parti communiste recule, au point de n’être qu’une force d’appoint, jusqu’à ne plus l’être. Dans le même temps le PS ne récupère pas les pertes du PC. Le pouvoir pour le pouvoir, certains lorgnent vers l’UDF, qui présenterait à leurs yeux un réservoir dans le cadre d’un rapprochement et un partenaire futur. Pour cela il faut une remise en cause de ce que nous sommes. C’est le retour des vieux démons, avec les vielles pratiques et au bout , les mêmes défaites. Quand le peuple de gauche est en jachère , tout est possible même le pire.
Les dirigeants n’ont plus d’excuses.
Les dirigeants socialistes ne sont plus qu’une caste sourde, comme l’indique la récente étude de BVA. puisque la situation est parfaitement comprise par l’électeur moyen . Elle leur échappe pour des raisons obscures et certainement inavouables. Comment vouloir représenter un plat aussi faisandé que celui de la troisième force dont l’unique raison ( s’il y en a) était de se garder d’un PCF dominant et stalinien, alors que celui-ci n’est plus ce qu’il était et que les données politiques sont totalement différentes. Est-ce l’attrait " novateur " du blairisme en tant que" progressisme " imaginaire, argument déjà avancé par ceux qui sont partis " à la soupe ". Nous , nous ne sommes pas complexés d’être de gauche et de rester socialistes. Nous savons que notre quotidien est dans la lutte, y compris quand vous privatisez nos entreprises et que vous faites des cadeaux aux riches, quand vous vous " foutez " de la laïcité et que vous défendez une vision libérale de l’Europe et de la société. Le vote utile ne durera pas forcement autant que vos dérives. Nous, nous n’irons pas " A la Soupe ".
Faute de proposer et de mener la lutte de classes, ils nous offrent le spectacle de la lutte des castese
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