" Ouvrier " encore un " gros mot " lâché . Le terme est quelque peu méprisé par sa détermination sociale, dans laquelle peu de monde se reconnaît et condition à laquelle tout le monde veut échapper. C’est aussi par sa connotation politique forgée depuis un siècle et demi. Depuis le début de l’ère industrielle, ouvrier est assimilé à l’ignorant, au bas de l’échelle sociale. Il est celui qui fait ce qu’on lui demande, qui n’a aucun esprit d’initiative ni de responsabilité et bien sur qu’il faut surveiller. C’est aussi celui dont la seule préoccupation est de remplir son ventre et qui n’a aucun intérêt pour la culture et la connaissance. Il se loue et se vend au plus offrant. C’est ainsi que " Lysis " traduit la pensée de la bourgeoisie du debut du 20eme siècle et convaincu lui-même dans sa " Démocratie Nouvelle " . Il y a encore des restes de ce type de pensée, véhicules par l’idéologie dominante, certes de façon plus évolués mais qui sont là.
Le " pimpinisme " politique consiste souvent à ce propos de décréter, " les ouvriers votent à droite " au même titre que " la lune c’est loin ". C’est sans appel, il faut donc aller voir ailleurs. Le " modernisme " fait dans la simplicité ou dans le " simplisme ". L’argument tient souvent lieu d’analyse politique. Au moins c’est direct et traduit parfaitement un état d’esprit inchangé depuis plus d’un siècle. Hormis le fait qu’à gauche on regarde en premier les résultats des bureaux de vote " populaires " pour connaître la tendance du moment.
Le terme d’ouvrier écorche pourtant bon nombre de ceux qui adhèrent à ce qui est encore la continuité du mouvement ouvrier. C’est une bonne mesure de leur degré de conscience et c’est aussi la preuve que l’on peut être membre d’un Parti de gauche, sans être pour autant socialiste , communiste, ni même de gauche simplement. Dans le langage forgé par l’épreuve et la tradition, chaque mot est placé et utilisé consciemment, sa signification revêt un caractère propre et qui est très différend selon celui et le milieu qui l’utilise. C’est une forme de code autour duquel on s’identifie. La notion est forte quand elle devient un drapeau politique. Le Parti Ouvrier français, le Parti Ouvrier révolutionnaire français, la Section Française de l’Internationale Ouvrière, le Parti Socialiste Ouvrier Espanol, Le Parti Ouvrier Social-Démocrate, le Parti Social-Démocrate Ouvrier, l’Internationale Ouvrière, l’internationale Ouvrière social-démocrate, l’Internationale socialiste Ouvrière, le Parti Ouvrier-Paysan, le mouvement Ouvrier …etc…etc.
Or, ces ouvriers du 19eme siècle avec où sans de grands penseurs à leur tête, fondent les premières organisations socialistes, au travers des métiers, des associations ouvrières et le " Bourses du Travail ", rejoints par des intellectuels. Le socialisme est composé d’une base populaire et " ouvrière ".
En 1905, année de l’unification des socialistes en France, plus de la moitié des députés sont des ouvriers et le pourcentage est bien plus important chez les élus locaux. Toutes les grandes réformes du 2Oeme siècle, ont été votés et réalisées par des Assemblées avec une proportion importante d’élus issus de la classe ouvrière qui n’ont rien à voir avec les compositions actuelles à gauche.
Cela faisait souvent débat et deux grands courants ont existé à ce propos. Contrairement à l’idée reçue, les marxistes ne font pas de cette question l’élément central. Il n’est pas nécessaire au POF de Guesdes, Deville et Laffargue, d’être ouvrier pour être candidat du Parti . Pour Alemane et le PORSF de tendance plutôt utopique, être ouvrier est la première condition . Pour adhérer à cette organisation socialiste, il faut évidemment être ouvrier et Athée. Cette tendance ouvriériste a toujours traversé le mouvement ouvrier. Un autre courant ouvriériste , celui de Gustave Hervé, bien plus radical a existé. Il n'est pas marxiste et farouchement opposé à cette ligne. Il sombrera dans la collaboration de classe. Sa conception repose sur un caractère plus corporatiste que social et il dérivera .
Deux grands courants ont existé. Contrairement à l’idée reçue, les marxistes ne font pas problème sur cette question. Il n’est pas nécessaire d’être ouvrier pour adhérer au POF de Guesdes, Deville et Lafargue, ni pour être candidat du parti. Pour Alemane et le PORSF , courant du socialisme utopique, n’admet dans son sein que des ouvriers athées, à quelque dérogation prés . C’est aussi la condition première pour représenter l’organisation et être présenté aux élections. Le hervéisme de Gustave Hérvé a une position encore plus radicale et en affrontement permanent contre le courant marxiste majoritaire. Son ouviérisme revêt un caractère plus corporatif que social. Il sombrera dans la collaboration de classe dès la guerre 14-18 et dans le Pétainisme ensuite.
L’avant-garde.
La notion d’avant-garde au sens large du prolètariat, n’est pas un concept inventé par Lénine . Les représentants éclairés du " parti de la classe ouvrière ", détenteurs de la conscience révolutionnaire au nom du prolètariat. La conception léniniste est liée au parti politique, seul représentant . C’est une notion politique. Pour les socialistes et les sociaux-démocrates , l’avant-garde a un contenu social. Elle n’est pas forcément " éclairée ". Son rôle est dirigeant par son niveau de conscience et ses intérêts de classe. C’est elle qui mène les luttes sociales qui sont traduites ensuite par le parti en termes politiques. C’est dans la social-démocratie que les ouvriers occupent une fonction " naturelle " au travers du syndicat d’abord et du parti ensuite.
Le rôle moteur.
Dans tous les partis de l’Internationale ouvrière socialiste et social-démocrate, le rôle moteur est tenu par la classe ouvrière. Il y a avec des intellectuels et des penseurs qui ne sont pas forcément issus du prolétariat qui vont participer activement à " l’éducation des masses " qui par leurs idées vont élever le niveau de conscience. Dans le même temps, les partis vont produire et dégager des militants " ouvriers " de très grande qualité intellectuelle, dont certains étaient presque illettrés avant leur adhésion.
Pour tenir ce rôle, il faut élever le niveau de conscience et l’éducation et la formation sont indispensables, mais également pour s’opposer à l’idéologie dominante de la bourgeoisie à laquelle le socialisme veut mettre fin. Le vote à droite des ouvriers est le produit de l’idéologie de ceux qui détiennent les grands moyens de production et d’exploitation. Perpétuer l’idée , sa raison et sa mission historique, c’est surtout par l’éducation, sociale, civique et politique.
Et maintenant.
Après le succès de 81, un renouvellement s’opère à l’intérieur du PS. Nombreux sont ceux qui viennent avec de la bonne volonté mais encore formatés par l’idéologie dominante et peu familiarisés avec le socialisme. La " culture de gouvernement " devient rapidement la " culture du pouvoir ". De nombreux nouveaux voyaient ainsi le moyen de régler leur propre question sociale. Au nom de cette nouvelle culture , le PS abandonnait son rôle de formation et d’éducation politique pour un contenu lié à la culture du moment. Tout devient lisse, politiquement correct, sans relief. " Ouvrier, classe, prolétariat, rapport de production …etc..etc., deviennent des " gros mots ". Toutefois , on s’invite dans les manifestations , quand on est dans l’opposition et ensuite au pouvoir , il n’y a plus de traduction politique des manifestations que l’on est venu soutenir.
Dans une telle situation de dépolitisation, les élus ne sont plus les portes- voix du peuple. Ils deviennent des gestionnaires sérieux et appliqués du système , se mesurant sur les critères de compétence qui sont ceux de l’adversaire. Le choix des candidats est dans ce cadre culturel. Les critères ont changé. Les désignations ressemblent plus à un " concours sur titres " et c’est une féroce compétition sous le couvert du vote des militants. Un peu comme dans une grande entreprise privée, avec les écuries, les coteries, les cadres supérieurs , les cadres intermédiaires, les subalternes, les porte-flingue, les porte-serviettes . Et les ouvriers désertent car on n’est pas ce que l’on dit , on est ce que l’on fait.
A ce jeu , ce sont les plus consensuels, les plus modérés qui l’emportent, souvent, ce sont aussi les plus calculateurs, clientélisme aidant. Flinguer devient un art . Bref, le socialisme n’est pas à l’ordre du jour. Alors comment s’étonner quand la position sociale " en vue " fait parti des critères, que les revendications ouvrières , pardon, salariales, soient traitées avec une certaine condescendance.
Il ne suffit pas d’avoir le titre de socialiste pour s’attirer automatiquement les voix ouvrières, tout d’un bloc. La conscience n’est pas innée et n’existe que si elle a été préparée et cultivée et cela ne peut se limiter a de vagues références en Blum et Jaurès ou à répéter que la gauche et la droite, ce n’est pas pareil, ce qui en l’occurrence n’est pas une démonstration, surtout depuis l’avant 2002. Les ouvriers ne veulent pas être l’objet des bonnes œuvres d’un groupe qui en rejette la notion politique et sociale. C’est la responsabilité du PS puisqu’il détient à gauche la clef de cette problématique . En repoussant sa filiation historique, il ne satisfait que les milieux qui lui sont hostiles et qui pour l’essentiel votent à droite ou viennent de la droite. Alors pourquoi s’étonner que ceux qui ne font plus parti du référentiel votent à droite.
Mais, camarade, il n’y a plus d’ouvriers en France, ils sont en Chine, au Maroc….. Oui, en France, il n’y a plus que les Techniciens de surface, les Agents de fabrication, les Agents de maintenance, les Agents de production, les Agents opérateurs, les Agents de maîtrise, les Agents d’équipement ,les Agents de construction . Il n’y a plus que des agents et des techniciens, quand ils ont du travail, sinon c’est pire. Les deux tiers sont payés autour du salaire minimum.
Le débat n’a pas lieu d’être, sur le vote à droite des ouvriers, puisque nous dit-on , il n’y en a plus.
Perdre la classe ouvrière, c’est perdre la base historique du socialisme. On ne peut à la fois ne pas la reconnaître et lui reprocher son vote.
Elle ne tardera pas à rappeler ,ici où ailleurs, qu’elle participe à l’histoire en l’écrivant souvent de son sang.
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