Encore un paradoxe. La loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat est voté dans une France rurale, fortement imprégnée par la religion catholique. La « croyance » est largement majoritaire dans le pays et il n’y a pas de crise des « vocations ». Partout, processions et manifestations religieuses se déroulent publiquement . Croix et calvaires fleurissent au bord des routes, rues et chemins de la « fille aînée de l’église ».
Aristide Briand est le rapporteur de la loi. Pour Jaurès, elle n’est qu’un début et il faut poursuivre le combat pour « arracher » les consciences de l’emprise religieuse, notamment la jeunesse. C’est par l’éducation lance-t-il que l’on repoussera le religieux dans la sphère privée et intime et par la contrainte et la loi de l’activité publique. Il développera ce thème jusqu’au Congrès de la SFIO de 1912. Pourtant une forte proportion d’élus socialistes hésitent à voter un texte qui leur semble insuffisant, trop timoré dans la lutte contre l’obscurantisme religieux . Ces élus sont pour l’essentiel des héritiers de Blanqui ,partisans de Jean Allemane et d’Edouard Vaillant. Il faut toute la persuasion de Jaurès pour que le groupe socialiste vote la loi de séparation des églises et de l’Etat.
La mise en application « du socle de la République » entraîne un déchaînement de violence de la part des cléricaux. Dans plusieurs endroits, la troupe intervient. La hiérarchie catholique s’en prend violemment à la République et aux élus partisans de la loi. Force restera à la loi.
L’église n’en restera pas là. « La Chambre bleue horizon », la plus réactionnaire du vingtième siècle reviendra sur les principes de la loi et permettra le retour en France de congrégations religieuses interdites. Le Maréchal Pétain revient sur des aspects de la loi et remet le cléricalisme en évidence. Il met en application la « doctrine sociale de l’église » comme ses compères Hitler et Mussolini et son ami Franco.
Alors , pourquoi est-ce un paradoxe ? De nos jours, la religion n’a jamais atteint un point aussi bas et son influence n’a jamais été aussi faible et le reflux se poursuit inexorablement , plus particulièrement chez les jeunes. C’est dans ce contexte toujours plus favorable à la laïcité que la hiérarchie catholique s’insinue de plus en plus dans la sphère publique, aidée en cela par la pression constante qu’exerce une religion émergente, l’islam. Les élus, y compris ceux de « gauche » cèdent devant la pression et laissent ce qui est le socle de la république se désagréger sous les assauts et les exigences répétées des religions.
Il n’y a plus de Jaurès et de Briand, ni même des Jules Ferry. Il faut pourtant bien moins de courage pour défendre la laïcité, qu’il n’en fallait. A moins que ce ne soit simplement qu’une affaire de conviction ? Sans socle, que devient la république ? Sans laïcité, que devient le socialisme ? L’histoire criminelle des religions va-t-elle reprendre son cours. Certains y songent.
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