C’est une mode lancée pendant les présidentielles, relayée par les médias et certains camarades : le centre est la seule alternative d’union. Ils en mouraient d’envie depuis des années, ce
n’est plus un tabou aujourd’hui : la Gauche doit aller au centre. Qu’est ce que ce centre qui a suscité une telle polémique ?
Je reprendrai la fameuse raillerie de Rocard du temps où il fut à gauche : « le centre est un point ». le centre de l’époque c’était Giscard, il ne
faut pas l’oublier.
Du centre à droite : une posture individuelle
la tentation de l’ouverture au centre est vieille comme le monde chez les socialistes, dès 1905 Briand et Millerand abandonnèrent Jaurès pour poursuivre leur carrière
avec le centre droit de l’époque, puis la droite. Millerand dirigea même le bloc national en 1920.
Dans les années 30, c’est un virage à droite affirmé que mènent certains socialistes et les conduit au fascisme. Tout cela pour souligner que d’une simple réorientation vers le centre,
certains individus voient leur carrière basculer à droite , parfois au fascisme, avant 39.
De la gauche au centre, vers la droite . A chaque fois la volonté de rompre avec le parti ne se fait pas de manière évidente : un parti socialiste indépendant se créée
De la libération à 1969 ; recentrage et effondrement de la SFIO.
Sous la IVE République, la SFIO se perd avec le MRP dans la coalition de 3e force, elle ne cesse de perdre de voies au profit du P.C. . Cet affaiblissement a également pour
deuxième cause la guerre d’Algérie, après 1956. La grande Fédération que voulait constituer Defferre avec les Radicaux et les centristes achèvera la décomposition . Defferre est battu en
1969, en ne réalisant que 5 % des suffrages.
L’union de la gauche
En 1936 et 1965, la gauche a gagné ou redressé la barre en menant une stratégie d’union de la gauche. C’est le programme commun, qui conduit à la victoire aux municipales de 77
. Fort de cette dynamique et malgré le retrait du PC, le PS L’emporte en 1981. La rupture aura été une grave erreur pour le PC qui tombe à 14%.
De la rigueur au socialisme Canada dry : la lente dérive du parti socialiste.
1983 annonce le tournant de la rigueur. Dans les faits, la position de Rocard au congrès de Metz battue en 1978 l’emporte. un Bad Gordersberg inavoué et rampant s’instaure.
Mitterrand, élu en 1988, annonce une ouverture au centre. La gauche gagne de peu les législatives. Cet aggiornamento idéologique s’affirme au congrès de l’Arche avec une nouvelle déclaration de
principe.
Depuis la victoire de la révolution conservatrice, la gauche française est tiraillée entre un discours de gauche proclamé et une politique de centre inavoué et un courant clairement ancré
dans le socialisme démocratique, mais minoritaire. A chaque congrès les majorités de droite du parti ont martelé des orientations à Gauche. Chaque défaite a été suivie d’un coup de barre à
Gauche. les assises de la transformation sociale conduisent à la victoire en 1997. En 2004, c’est sur un programme de gauche et une stratégie d’union de la gauche que 20
régions basculent.
Ce reniement a un nom la 3e voie, le nouveau centre, le blairisme, le courant démocrate, il ne vise qu’à un simple accompagnement du libéralisme. Se coupant du reste
de la gauche , le PS se prive également de victoire électorale, ce sont les principaux enseignements de 2002 et 2007.
Le centre est il l’avenir de la gauche ?
Après le 1er tour des élections présidentielles Ségolène royal organise un débat en catastrophe avec le candidat centriste, annonce la venue de ministres centristes.
Ces déclarations ont profondément déroutée les électeurs de gauche . cette stratégie a fait plus de mal que de bien !
Qui est Bayrou ? Ce catholique conservateur a été contraint de retirer sa révision de la loi Falloux en 1994. L’UDF a depuis 2002 voté les lois les plus
libérales (loi Fillon, CNE...) il vient tout récemment de critiquer les mesures de réformes du président de la république parce qu’elle n’allaient pas assez loin.... S’allier avec le centre,
c’est approuver son positionnement. Malheureusement, ce positionnement électoraliste montre bien qu’il n’existe plus de dorsale politique au PS. A vouloir trop tirer au centre, il faudrait en
tirer les conséquences et changer de nom, car le PS ne respecte plus les engagements fixés à sa création. Une tarte tatin n’est pas une tarte au fraise, du jambon du pays n’est pas du jambon
de Paris. Un PS qui n’est plus dans le sillage du socialisme démocratique n’est pas socialiste. Valls a été au moins le plus clair des libéraux du parti : dans un prochain
ouvrage, il affirme que le «Parti socialiste est daté», «ne signifie plus rien» et «est juste devenu un mot-prison». En conséquence, il propose de changer le nom de sa formation politique, et
même sa doctrine. C’est ce que nous risquons de connaître prochainement, mais sans le changement de nom.