Cet article est paru dans le numéro du 30 juin du journal L’Humanité. Qu’est-ce qu’un libéral ? Il y a tant de réponses possibles à cette question que, lorsqu’un
dirigeant du PS se proclame « libéral », on ne peut déterminer ce qu’il veut vraiment dire. Il y a sûrement quelques acceptions du terme « libéral » qu’on pourrait revendiquer sans rougir : être
un partisan de la séparation des pouvoirs, des libertés individuelles, d’un enseignement libéral, non asservi aux besoins de la reproduction du capital, etc. Mais, au moins de ce côté-ci de
l’Atlantique, un libéral est d’abord un partisan de l’économie de marché et un adversaire de l’intervention de l’État dans l’économie. En même temps, le renouveau du libéralisme s’est appuyé sur
sa prétention à défendre la liberté et même à prendre en compte les aspirations « libertaires ». En défendant le « tout-marché », les libéraux ne seraient pas seulement des défenseurs de
l’efficacité, et donc du bien-être, mais aussi des défenseurs de l’individu menacé par les étatistes. Si on s’intéresse à ce libéralisme réellement existant, il faut en démonter le noyau dur : si
on excepte la liberté des plus riches et des plus puissants, il est, en fait, un adversaire déclaré de la liberté dans toutes ses acceptions courantes. Sur le plan institutionnel, les libéraux
réels d’aujourd’hui ont oublié les leçons des ancêtres dont ils se réclament, en particulier pour la question décisive de la séparation des pouvoirs. La Constitution française la bafoue : le
pouvoir législatif est soumis à l’exécutif - ne serait-ce que par le droit de dissolution, la maîtrise de l’ordre du jour ou la limitation du domaine de la loi. Le pouvoir judiciaire n’a qu’une
indépendance formelle : les procureurs sont subordonnés au ministre de la Justice et la carrière des juges dépend du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) présidé ... par le chef de
l’exécutif. Ce n’est pas une spécificité française : partout les exécutifs s’imposent face au législatif et les tendances bonapartistes sont aussi nettes aux USA qu’en Grande-Bretagne ou en
Italie. La marche au « bipartisme » élimine de la représentation politique toute une partie du peuple et revient à un rétablissement sournois du suffrage censitaire. Mais les libéraux réels ne
sont pas non plus des défenseurs des libertés individuelles. Du Patriot Act à l’empilement des lois sécuritaires en France, les libertés individuelles élémentaires sont liquidées. L’instauration
de camps de détention pour les immigrés en Europe constitue le couronnement (provisoire) du libéralisme réel. Le libéralisme économique doit être caractérisé comme une imposture qui donne des
justifications à la domination. Il n’est en effet une liberté que pour les possédants suffisamment puissants pour imposer leur loi et en tirer le meilleur parti. Il a pour contrepartie la
soumission de la masse du peuple - salariés, mais aussi petits producteurs indépendants - à la tyrannie du capital financier. Le libéralisme « sociétal » se comprend dans ce contexte. Les
systèmes de justification de la domination fondés sur la religion semblent aujourd’hui des entraves à la marche en avant du capitalisme - par exemple dans les industries de la manipulation du
vivant. Certaines fractions du capital préfèrent donc l’alliance de la finance et de la liberté des moeurs à la vieille morale qui sentait l’encens. Mais, de ce côté-là, on ne pourra pas non plus
trouver l’émancipation des individus - seulement, comme le disait Marcuse, une « désublimation répressive ». Au total, donc, si être socialiste ou communiste doit encore avoir un sens, il ne peut
résider dans la confusion avec le libéralisme, mais seulement dans la défense de la liberté comme lutte contre la domination, une liberté qui s’oppose frontalement à la liberté de dominer et
d’exploiter réclamée par les libéraux.
. Chacun y va de sa version. Nous avons cherché la réponse, donnée par les différents fondateurs du socialisme. A la nuance près, toutes les interprétations
sont similaires. La plus courte et la plus concise est fournie par Compère-Morel sur son dictionnaire socialiste. Cet ouvrage réalisé à la demande du Parti Socialiste ( Section française de
l’Internationale Ouvrière) et édité par les Publications Sociales, regroupe toutes les définitions politiques et économiques du socialisme français. Elles sont le fruit de l’analyse du PS et de
ses principaux dirigeants fondateurs et constructeurs du socialisme.
Libéral. Au point de vue politique on appelait jadis libéral celui qui était favorable à la liberté en opposition aux hommes politiques partisans d’un pouvoir fort et d’autorité.
Après la révolution de 1830, le libéralisme fut une doctrine de conservation opposée au mouvement démocratique. Au point de vue économique, le libéral est partisan du « laisser passer et du
laisser faire », c’est à dire opposé à toute intervention de l’Etat. Pour lui, la forme actuelle de la société est parfaite et résulte du jeu normal de la libre concurrence.
La confusion est entretenue entre libéralisme politique, libéralisme philosophique et néo libéralisme. Si le libéralisme politique peut être considéré comme
le berceau du socialisme « primitif », il correspond à une phase pré-capitaliste de notre histoire, qui permit la conquête de la démocratie politique. Dans son prolongement naturel le socialisme
revendique la démocratie économique telle que la définie Marx au début de l’ère capitaliste. Le libéralisme politique ou philosophique est en opposition directe avec l’église et les dogmes
religieux de tous bords. C’est la plus importante opposition au catholicisme dominant, antérieurement au socialisme « libertaire » et au matérialisme dialectique de Marx, partiellement influencés
par le libéralisme philosophique. Sans remonter aux philosophes grecs tels Héraclite ou Epicure, matérialisme et dialectique ne sont pas une invention de Marx, ni de « l’école allemande », il y a
un creuset d’idées et de concepts qui vont influencer les idées plus modernes et révolutionnaires. Le libéralisme c’est le dépassement de « l’ancien régime » et est antérieur au capitalisme
industriel et financier et nous ne sommes plus dans une phase pré capitaliste. Au contraire celui-ci a connu de multiples mutations et se situe dans une phase avancée de la globalisation
mondialisée. Echoppes et manufactures ont disparues et les producteurs directs sont remplacés par des salariés et plus particulièrement dans nos pays avancés. La grande propriété des moyens de
production et d’échange, l’actionnariat et la collectivisation des taches et de la production ont modifié les rapports à la propriété et les rapports de production. Ils ne sont plus ceux de la
période du libéralisme politique comme idéologie qui sous tendait un type de société en rupture avec le système antérieur , d’une bourgeoisie « éclairée » et l’absence d’un prolétariat urbain et
d’un salariat rare. Certes , période de mutation d’une société rurale vers la société urbaine, telle qu’elle se dessinait d’abord en Angleterre et en Allemagne et plus tardivement en France ainsi
que le rôle « révolutionnaire de la bourgeoisie ». Le libéralisme actuel n’est plus une référence aux « lumières », il est essentiellement économique au sens « anglo-saxon » du terme et
caractérise un système économique « globalisé ». Cette « globalisation » n’est que la enième phase du développement capitaliste. C’est le capitalisme rebaptisé « pudiquement », « nouveau
libéralisme » pour définir un capitalisme plus autoritaire qui place le profit au dessus de la démocratie politique, « sa fin en justifie les moyens ». C’est la « prière de Paul Lafargue au Dieu
Argent ». Né au USA au début des années 70, le néo libéralisme véhiculé par les fameux « chicagos boys » de triste mémoire, ce système brutal sera expérimenté au Chili en organisant le coup
d’Etat contre Salvador Allende et en réorganisant l’économie selon ce « nouveau concept ». Il est politiquement introduit en France par la droite « financière » radicale, autour du « Club de
l’horloge » et Madelin devient le « chantre » du nouveau libéralisme, avec d’autres jeunes loups aux canines proéminentes . La droite républicaine et gaulliste accueille avec méfiance cette
nouvelle importation mais l’impérialisme américain va imposer l’idéologie qui va avec. L’ OMC, la banque mondiale et l’ensemble des organisations et des institutions internationales vont imposer
progressivement la vision néo libérale de l’économie, selon la volonté des Etats-Unis et des grands milieux financiers. La chute du « mur de Berlin » va permettre l’accélération idéologique du
processus et la planète est à la merci de la mondialisation capitaliste. Le libéralisme philosophique a fait place au socialisme, il en a été le précurseur . La « bourgeoisie éclairée » a fondée
la démocratie politique. Le socialisme va plus loin, il veut fonder la démocratie entière et non pas partielle en construisant la démocratie économique sans laquelle il n’y a pas de liberté
réelle . Être libéral suppose de se satisfaire avec le maintien d’un système injuste, inégalitaire producteur de colossales richesses pour quelques uns et de pauvreté et de précarité pour le plus
grand nombre, mais avec une certaine largesse et ouverture d’esprit. Néo libéral, sans ouverture d’esprit mais dans sa forme moderne. La forme moderne c’est d’entretenir la confusion entre
libéralisme et néo libéralisme, pour ne pas avoir à prononcer le terme de capitalisme. Pendant que les uns revendiquent des réformes sociétales, les autres appliquent des contres réformes aux
réformes sociales et se chargent de celles économiques contre l’intérêt du plus grand nombre au seul profit des milieux financiers. Les tenants du libéralisme philosophique n’auraient
certainement pas « baptisés » une place du nom d’un Pape ou de tout autre pontife religieux ni accordé de subsides aux églises. Ils les tenaient pour adversaires. Depuis plus de trente ans être
libéral en France ne signifie plus une quelconque filiation philosophique mais bien l’attachement à un système économique en vigueur. C’est être de droite car c’est bien l’intérêt particulier qui
prime sur l’intérêt collectif et l’égoïsme sur l’individu. Pour être de gauche , socialiste y suffit.
Nicolas Sarkozy, a proclamé récemment que "la vraie France n'était pas à Vichy, elle n'était pas dans la collaboration". "La vraie France, la France éternelle, elle
avait la voix du général de Gaulle, elle avait le visage des résistants", Sarkozy se veut en rupture avec la déclaration de Jacques Chirac de 1995 "La France, patrie des Lumières et des droits de
l'homme (...) la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable". Malheureusement, Sarkozy revient à la position adoptée par ses prédécesseurs et cela est regrettable pour un président qui n’a
pas vécu cette période.. le Président Sarkozy nie une évidence historique. Le gouvernement de Vichy a été désigné légalement. En 1940, les deux chambres ont confié les pleins pouvoirs à Pétain .
Seuls 80 parlementaires ont voté contre. L’appareil de l’Etat a servi à différents niveaux l’action de Vichy . Pour autant, Vichy n’est qu’un moment de l’histoire. Vichy n’a pas connu une
adhésion unanime. Vichyste, gaulliste, socialiste, communiste, il n’y a pas qu’une seule vision de notre passé. Cette parcellisation de la mémoire, ce refus de reconnaître certaines évidences
n’est pas bon pour la réflexion des générations futures. Renier les faces sombres de son passé se répercute dans le futur. Le Japon, par exemple, en ne reconnaissant pas les crimes de la guerre ,
reste figé sur un passé refabriqué…..
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