C’est le titre d’un livre de Jean Poperen « Socialistes, la chute finale » ; Décidément le PS pourtant à la veille d’un congrès n’a pas retenu les leçons de
l’histoire et de la sienne en particulier tant l’appel de la savane et de la jungle libérale attire un grand nombre de ses dirigeants. La soupe doit être meilleure chez les voisins d’en face ,
c’est bien connu chez les enfants . En dehors des contributions de « gauche » la majorité et ex majorité divisée a décidé de mener le « combat » en écuries séparées. Son constat, tout va mal et
pour y remédier elle a décidé de ne rien changer. Le libéralisme est là et on ne change pas un système qui avantage une faible minorité au détriment de la majorité de citoyens et de l’ensemble
des salariés. On garde le même système et on le gère au mieux. Tout au plus ils se proposent d’en modifier les décors. Les chutes finales ou temporaires ont toujours eu lieu pour le PS dès lors
que celui ci s’engage sur la voie centriste. Toujours .
Arrivé au fond comme dans les années soixante ou en crise après des périodes de pouvoir ou de participation au pouvoir, le renouveau du Parti a toujours été construit sur une ligne de gauche et
d’unité à gauche. C’est une constante historique fort compréhensible. L’échec face à la guerre de 14 conduit à la scission, le « cartel des gauches », la fin du Front populaire, le vote des «
pleins pouvoirs », la politique de troisième force, la guerre d’Algérie et la grande fédération de Gaston Deferre conduisait ce dernier à 5%.
Le renouveau réapparaît sur des positions de gauche et sur des références « marxisantes ». C’est systématiquement sur ces thèses que le PS se reconstruit, après la guerre de 14 et la scission
avec le maintient de la CGT et ensuite le congrès de 1933 au cours duquel un certain nombre de néos sont exclus, notamment Marcel Déat. L’appel à l’union et l’arrivée du Front Populaire.
L’exclusion de la gauche révolutionnaire et de la fondation du PSOP réintroduit la crise et ensuite l’incontournable vote des pleins pouvoirs. Le congrès de 46 réaffirme l’attachement à la «
dictature du prolétariat » et à l’épuration du Parti, commencé en 1944 de tous les éléments défaitistes, des défaillants des traîtres et des lâches et ne reconnaît dans ses rangs que des
démocrates et des socialistes sincères, des républicains et des révolutionnaires ardents etc …etc…
Et puis, les vieux démons jusqu’au congrès d’Epinay et l’union de la gauche et le « Front de Classe ». Le congrès de Metz conduit à la victoire de 81, puis progressivement c’est le retour des
vieux démons. Socialisme devient un « gros mot » et plus libéral que moi tu meurs et le cycle infernal revient. C’est quand on est par terre que l’on sait qu’on est tombé, c’est la formule
consacrée au PS et qui témoigne de ses crises de direction qui n’a de socialiste que le sigle PS qui est devenu au socialisme ce que le Port-Salut est au fromage. Tout le monde l’aime mais
personne n’en mange.
Les dirigeants du PS , calés sur les médias et l’air du temps de l’idéologie dominante, ont oublié le temps réel du « peuple de gauche ». Les attaques du gouvernement, de la droite et des milieux
les plus réactionnaires contre les acquis sociaux hérités des socialistes du Front Populaire et des forces de la Résistance ,n’ont jamais été aussi rudes. Ils sont trop occupés à la compétition
interne pour traiter le fond. Tout au plus consentent-ils à bavarder sur la forme des contre-réformes, sans pour autant remettre en cause l’essentiel. Ils ne se revendiquent plus du socialisme,
ni de son histoire. Ils font dans le convenable, le sérieux, le responsable, tel que le conçoivent les plus farouches détracteurs du socialisme et les porte-voix médiatiques. Parfaitement dans le
temps et l’espace de ceux d’en face, en oubliant leur rôle d’opposition politique et idéologique et surtout de défense de l’héritage social laissé par ceux dont ils proclament encore une certaine
filiation.
Sourds et aveugles du côté
gauche devant une volonté de gauche à gauche au sein du peuple de gauche. Les cortèges et les banderoles ne les impressionne pas plus qu’aux « patrons du CAC 40 » et à leurs serviteurs
zélés du gouvernement. Ils font penser à des demandeurs d’emploi précautionneux en attente du poste convoité, de direction évidemment . On ne traduit plus les aspirations de son camp ;
d’ailleurs, lequel est-il ? N’est ce pas le débat sous-jacent actuel du PS. Et le décalage horaire se creuse avec l’opinion de gauche.
Il y a les candidats au poste de premier secrétaire et les
candidats à la candidature de l’horizon 2012 et les candidats à la proximité de l’un et de l’autre et des deux en même temps, dont le zèle consiste à rajouter un décalage supplémentaire. Il y
aurait selon un tel un tel ou une telle, des sociaux libéraux, des sociaux démocrates blairistes, des libéraux sociaux et des libéraux au Parti socialiste. Mais où sont donc les socialistes
du Parti Socialiste puisque comme le Port-salut c’est marqué dessus. Ils sont à l’aile gauche ! émiettés dans trois ou quatre courants avec autant de sous-courants. Cette division que les
mêmes déplorent à propos du mouvement social lorsque celui-ci n’est pas unitaire, devient une vertu au moment de le traduire politiquement et au sein du même Parti . Chacun veut incarner la
gauche, chacun se veut décalé de l’autre. La seule cohérence est à l’aile droite ou chacun se retrouve en parfait accord pour liquider le socialisme et se précipiter en bon gestionnaire du néo
libéralisme et d’en donner les « gages ». Le décalage de ces derniers au-delà de l’opinion de gauche, c’est leur compétition interne qui ressemble plus à la promotion des cadres d’une grande
entreprise privée en crise de direction.
Lorsqu’ils disposent
d’un peu de temps entre deux livres et quelques traits lancés ici et là, entre « camarades » blanc bonnet et bonnet blanc, ils conseillent à la droite de s’y prendre autrement et de changer de
méthode sans que l’on sache vraiment laquelle tout en se gardant soigneusement de s’y opposer quant au fond. « Les réformes sont nécessaires » sans préciser lesquelles et qu’il faut
interpréter en filigrane : »les réformes sont un mal nécessaire » comme à la direction de cette grande entreprise à la veille d’annoncer de mauvaises nouvelles.
On passe d’ailleurs de « camarade » à « cher ami » et de « collègue et non moins ami » à « collègue et néanmoins ami » selon les circonstances et les enjeux internes. Le terme de « camarade » est
réservé à la base , certains y croient . C’est le dernier rite populaire concédé à la sociale, faute d’en concéder à la laïque. Il n’y a plus que des révolutions de palais et les trônes
deviennent plus importants que les masses et déjà habillés en rois ils se disputent la couronne . Le congrès se déroulera tel un match, des supporters en commenteront le déroulement au « café des
sports » et salueront le champion. En face au « café du commerce » pour les uns et au « café de la paix » l’aile gauche trouvera de bonnes raisons d’espérer en maugréant sur une stratégie ratée.
Quelques uns afficheront la satisfaction d’avoir évité le pire et au mieux d’avoir arraché une demi phrase ou une demi promesse qui pourrait laisser espérer, éventuellement, selon les conditions,
un possible ou probable léger tournant à gauche si …Ah ! ce si.
Pendant ce temps, dans le
monde réel les mauvais coups s’abattent sur les salariés et sur les retraités , les manifestants battent le pavé pour défendre les services publics, le pouvoir d’achat (les salaires), les
retraites et la protection sociale, les universités, en écho Valls réplique le contraire, Rocard aussi et d’autres également. Et puis il y a les propos nuancés, très nuancés de ceux qui cherchent
encore un espace politique sans débat. Il y a ceux qui sont plongés dans le mouvement social à qui on ne tend jamais le micro et pour cause , leurs propres « camarades » ne cessent de les
qualifier « d’affreux gauchistes » sous la bienveillance des médias autocensurés. Défendre le peuple c’est d’un commun à ne pas faire la Une. Mais « ma chère » c’est d’un subversif ! Le nouveau ,
c’est l’ordre des choses dans l’ordre des choses. Et le décalage horaire se poursuit malgré les appels et les alertes, les contributions et les motions, les grèves et les manifestations. Pourtant
dans quelques années des militants devenus vieux diront à des jeunes : « nous avons été trahis » ! Qui n’a déjà entendu cela. Et bien non il n’y a pas trahison, à la lumière des faits avec
l’expérience et les leçons de l’histoire. Ce n’est qu’un décalage par rapport à la réalité et quand la direction prime inconditionnellement sur celle-ci et les directions n’ont pas
toujours raison, comme l’affirmait très justement Henri Emmanuelli. Le réveil des grands moments de l’histoire ne sonne jamais deux fois, avec le décalage, il n’est dans l’histoire que de petits
moments.
A la suite de la sortie du livre de Delanoe et des différentes déclarations de Ségolène Royal et de Manuel Valls, les différentes composantes de l’aile gauche du PS
se sont réunies dans la perspective du prochain Congrès. Filloche, Mélenchon, Dolez, Hamon et Emmanuelli vont présenter une contribution commune. Elle sera largement diffusée à l’extérieur du
Parti et débattue avec la participation des acteurs du mouvement social, travailleurs et citoyens. Ces débats seront animés par les militants de l’aile gauche et par tous ceux qui se proposeront
de participer activement. Les salariés en grève pourront s’exprimer directement et participer ensuite à la construction d’une motion élaborée à partir de ces réunions. C’est la première fois
depuis fort longtemps que les différents courants de gauche du PS présentent un « front commun et uni » devant l’urgence du moment. Ils ont pris acte face à l’enjeu historique, de la volonté du
peuple de gauche de rompre avec les dérives libérales plus ou moins camouflées de la direction actuelle du Parti. Ils ont décidé de se constituer en opposition interne à la majorité actuelle avec
une expression publique libre et autonome ( puisque c’est déjà le cas pour Ségolène Royal, Delanoe et Manuel Valls entre autres). Après cette annonce publique, certains à la direction demandent
l’exclusion de l’aile gauche à l’issu du congrès. Hollande est fort ennuyé ; comment se séparer des forces vives et militantes du PS et d’un pourcentage non négligeable d’adhérents et d’électeurs
qui vont avec. L’exclusion risque de générer des candidats à gauche et une perte d’influence du Parti et de se voir repoussé sur la droite. Le moment est mal choisi dans la perspective de 2012.
Chaque prétendant au poste de premier secrétaire national y va de son commentaire et se propose de discuter afin de sauvegarder l’unité. Dans le même temps appels et initiatives se multiplient et
des groupes à gauche se fédèrent au plan local et départemental. Enfin l’aile gauche fait l’actualité car elle détient une parti de la réponse sur les prochaines échéances électorales et sur le
devenir politique du PS et de son ou sa candidate au poste suprême. Nous ne sommes plus dans la configuration d’un MDC confidentiel, ni dans les mêmes conditions qui ont présidé au départ de jean
Pierre Chevènement, ni dans le même environnement politique et social. Outre la qualité du texte de la contribution et de la motion, c’est un front uni qui veut réimposer le socialisme comme
ligne politique au Parti Socialiste à un moment où les conditions politiques n’ont jamais été aussi favorables depuis 1971. Le climat social et les tensions actuelles illustrent parfaitement une
forte demande d’une gauche de gauche. Ce n’est malheureusement que pure fiction, sauf les appels et initiatives, qui risquent de dégarnir progressivement la gauche du PS englué dans une crise de
direction et frappée de cécité politique.
Depuis le début de son existence , la droite et la bourgeoisie ont tenté d’anéantir le socialisme, avec parfois quelques succès de circonstance. Toutes les
méthodes ont été utilisées, de la plus brutale à la plus subtile. Toutes les forces réactionnaires ont avec permanence mené ce combat, église et bourgeoisie, bourgeoisie et église, sans jamais
arriver à leurs fins dans une opposition frontale. Bien des socialistes ont cédé mais le socialisme est resté d’actualité à chaque grande période depuis sa fondation. Il fait parti de l’horizon
politique et social qu’aucune tempête n’a réussi à cacher. Ceux qui ont cédé sont nombreux et souvent de triste mémoire mais dans son histoire la bourgeoisie n’inscrit jamais le nom de ses
valets. Chaque fois qu’un « socialiste » cède, il est l’homme ou la femme du moment. La droite le met en évidence par ses relais d’opinion, il est l’est l’homme ou la femme du moment. Il n’y a
rien d’original à mettre en évidence un « socialiste » socialiste , dans la multitude des « socialistes » socialistes. L’événement passe par la glorification de la « trahison » d’un camp à
l’autre, toujours dans le même sens et ce n’est pas anodin. Ils ont fait la une, tous, l’un après l’autre. Qui se souvient d’eux en dehors d’un microcosme politique de gauche. Certainement pas
ceux pour lesquels et pour qui ils ont renié le socialisme. Il s’agit davantage de reniement que de trahison puisque l’on n’est trahis que par les siens. L’histoire en contient un bon nombre et
Valls, Delanoe et consort ne sont pas les premiers de la liste. La première c’est pour des principes à « géométrie variable ». Nous l’avons compris, ils portent au socialisme le même intérêt qu’à
leur première chemise. Ce qui importe c’est le Parti et non pas socialiste mais comme appareil électoral à leur service , afin de régler leur propre question sociale, assurés ainsi d’appartenir à
la « caste dirigeante », cette élite interchangeable pour la direction et la gestion du néo libéralisme. C’est également une manière de s’auto promouvoir « élite » au cas ou nous l’aurions
oublié, dans la course suprême. Ils font mieux de l’intérieur que la droite de l’extérieur. Ils en sont persuadés, puisqu’ils font la « UNE » l’opinion est à leurs pieds. Qu’elle opinion ?
Certainement celle qui entoure les « nains politiques », comme chacun sait le « lumpen prolétariat » aime le « pipeul » . Mieux que la droite maintenant, mais l’histoire est devant nous.
Bertrand Delanoë se prononce en faveur du libéralisme, Pascal Lamy dénonce le protectionnisme. Un virage à droite du PS ?
Emmanuel Todd : Il faut dépasser le cas Delanoë, qui apparaît décidément comme un homme banal. Quand il s'affiche en tant que socialiste libéral, il se pense comme original il croit qu'il
a plein d'audace, comme le titre son livre. Quand Pascal Lamy défend le libre-échange et le capitalisme en général, il croit sans doute être rigoureux et moderne. Mais au-delà de ces perceptions,
il existe une véritable dérive à droite des dirigeants socialistes, dérive d'autant plus étonnante qu'elle se produit au moment même où la société leur demande d'effectuer un virage à gauche.
Ce phénomène est mondial : nous venons d'assister au au naufrage de la gauche italienne, avec un leader, Velproni, qui a trouvé judicieux de jeter le doute, en pleine campagne électorale, sur son
appartenance à la gauche. En Allemagne, le SPD a préféré pactiser avec la droite, ce qui a fini par entraîner la création et la percée rapide du Linkpartei. Le phénomène dépasse aussi la classe
politique : il est significatif que Delanoë et Lamy qui portent cette dérive droitière ont été accouchés par le directeur de Libération Laurent Joffrin. Quand le Maire de Paris publie un livre,
c'est Laurent Joffrin qui l'interviewe et fait la promotion de l'opus. Lorsque Pascal Lamy associe de façon scandaleuse protectionnisme et xénophobie, c'est le même Laurent Joffrin qui choisit,
ou en tout cas valide, un titre qui reprend cette association d'idées absurde. Je n'en veux pas plus à Laurent Joffrin qu'à Bertrand Delanoë ou Pascal Lamy, qui sont sincères et consciencieux. Il
ne sont que les symptômes d'un phénomène social, politique, pathologique, même. Car il y a quelque chose de frénétique à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et
une insécurité sociale qui devrait le conduire à gauche.
La gauche est donc en train de suicider ?
Quand on prend un peu de distance, ce spectacle fait surgir une abondance d'images inattendues, comme celle de rats se bousculant pour s'engouffrer sur le navire coulant du capitalisme. Mais la
meilleure métaphore est celle du roman de Pierre Boule dont un excellent film a été tiré, le Pont de la rivière Kwaï, dans lequel le rôle de l'officier anglais est joué par David Niven. Un homme
si honnête et scrupuleux qu'il s'acharne avec une sorte de rigueur morbide à servir du mieux qu'il le peut les Japonais dont il est prisonnier. Des socialistes, devenus esclaves du capitalisme le
plus dur, nous construisent un Pont de la rivière Kwaï. Un pont qu'il faudra bien faire exploser un jour . Car si la gauche continue d'opposer sa dérive droitière à la demande d'une vraie
politique de gauche, ses électeurs se tourneront vers la droite extrême, en attendant l'extrême droite. Les élections de Sarkozy et de Berlusconi ne sont peut-être que le premier moment de ce
phénomène. Reste que les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. C'est même un problème anthropologique, presque
religieux : je ne suis pas croyant mais on ne peut que se reposer à cette occasion la question du péché originel.
Est à dire que la réaction de Ségolène Royal est la bonne ?
Il y a deux acceptions du terme libéral, libéralisme économique et libéralisme politique. Mais dans la mesure ou la revendication managériale était au cœur du livre De l'audace de Bertrand
Delanoë, le concept de libéralisme est bien associé, d'une manière subliminale chère aux publicitaires, à l'idée d'économie libérale. Bien sûr que Ségolène Royal a raison de critiquer Delanoë.
Mais cela ne lui donne ni un programme ni une stratégie. Les socialistes ne s'en tireront pas en dénonçant les erreurs que les uns et les autres commettent. La dénonciation du vide ne produit pas
du plein.
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