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socialiste de gauche 65

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"socialiste de gauche", n'est pas un site officiel ! Il rassemble des militants, de simples citoyens de divers horizons qui adhérent aux principes du socialisme. les textes publiés, n'engagent que leurs auteurs et non le PS ou tout autre parti.


les « crimes des conseils de guerre » de la Grande guerre

Publié le 11 Novembre 2010, 13:54pm

Catégories : #ailleurs sur le net


article de la rubrique histoire et colonies > les fusillés de la grande guerre date de publication : samedi 30 juin 2007

Pendant la guerre de 14-18, il y eut environ 600 fusillés en France, à la suite de condamnations prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, ou mutinerie (en 1917) ; il y eut également des « fusillés pour l’exemple ». Pendant la guerre, la LDH a lutté contre les erreurs judiciaires et contre ces exécutions ; après la guerre elle lutta pour obtenir la réhabilitation des condamnés.

Quatre-vingt dix ans plus tard, ils ne sont toujours pas « pardonnés » !

[Première mise en ligne le 3 novembre 2006, mise à jour le 30 juin 2007]

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Les caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Louis Girard et Lucien Lechat, « fusillés pour l’exemple ».

Communiqué de la LDH, du 9 novembre 98 [Extrait]

Les mutins du Chemin des dames

La Ligue des droits de l’Homme salue chaleureusement les propos de Lionel Jospin concernant les soldats qui en 1917 furent fusillés lors de la bataille du Chemin des Dames. [1]

La réhabilitation des “ victimes des conseils de guerre ” fut la deuxième cause menée au cours de ce siècle par la Ligue des droits de l’Homme. Durant la guerre, alors qu’elle s’était pourtant ralliée à l’Union sacrée, elle protestait déjà contre les erreurs judiciaires commises par la justice militaire. A partir de 1920, elle s’engage dans une campagne forte qui mobilise pendant de nombreuses années tous ses militants, ses sections, ses publications pour que justice soit rendue aux fusillés pour l’exemple. Elle obtint en 1928 la création d’une Cour spéciale de justice militaire qui prononça de nombreuses réhabilitations.

Ces mutins de 1917 qui, en citoyens, protestaient contre leur massacre organisé par un Etat-major irresponsable et criminel furent des martyrs. Il est bien que celui qui conduit la politique de la Nation ait pensé à les réintégrer dans la mémoire collective.

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Dessin de Tardi.

Nicolas Offenstadt a publié en 2000 un livre repris en collection Poche des éditions Odile Jacob : « Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999) ». En voici une présentation par Édouard LYNCH, parue dans Cahiers d’histoire, numéro 2001-3/4.

Ce n’est pas prendre un grand risque que d’affirmer que l’histoire de la Grande Guerre a connu, depuis le début des années quatre-vingt, notamment sous l’impulsion des chercheurs de l’historial de Peronne, un profond renouvellement. Autour de la culture de guerre, de la brutalisation, ou du consentement, de nouvelles thématiques ont enrichi la connaissance de ce conflit sans précédent. L’ouvrage de Nicolas Offenstadt, historien du pacifisme, partant d’un épisode relativement connu, celui des fusillés de la Grande Guerre, s’inscrit dans une perspective quelque peu différente. C’est en effet moins l’événement en lui-même qu’il décrit, événement déjà abordé de manière indirecte par les travaux fondateurs de Pedroncini sur les mutineries de 1917, que l’enjeu que représentent ces morts particulières, dont le premier chapitre rappelle d’ailleurs à juste titre la complexité. Les mutins, ou les fusillés " pour l’exemple " ne sont qu’une partie ­ certes emblématiques ­ de ces victimes hors norme du Premier Conflit mondial et donc certaines sont bien plus victimes des circonstances que d’une véritable " faute " clairement identifiable.

L’étude s’articule autour de l’analyse de l’évolution et de la structuration de la mémoire de l’événement, afin de mettre en évidence les cheminements et les résurgences de phénomènes anciens, souvent traumatisants, et qui ne cessent de se modifier et de se reconstruire. Le premier constat est celui d’une rapide résurgence dans les années qui précèdent immédiatement la guerre : sous l’influence des familles, des associations de combattants, relayées par les organisations de gauche, le combat pour la réhabilitation prend une réelle ampleur. Des enquêtes sont menées auprès des survivants, des témoignages recueillis. Par-delà la pression sur le parlement, ces pratiques alimentent cérémonies et discours commémoratifs qui témoignent bien ­ au-delà des discours dominants sur l’élan patriotique et de l’union sacrée ­, des attentes pacifistes d’une large partie de la société. Puis, avec la grande masse des réhabilitation des années trente, l’image des fusillés se brouille, emportée par le tourbillon de la guerre qui vient.

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Le livre " Le fusillé " où Blanche Maupas raconte, en 1934, sa difficile recherche de la vérité pour obtenir la réhabilitation de son mari et de ses compagnons.

C’est finalement à travers la littérature, le théâtre et la bande dessinées que se perpétue l’image du fusillé, incarnation d’une guerre absurde et destructrice, frappant les humbles et les innocents. On glisse progressivement du fusillé, figure parmi d’autres des récits de guerre à la figure emblématique du fusillé par erreur ou pour des motifs absurdes, qui devient la victime par excellence du militarisme. Avec le cinéma, mais plus encore la télévision, le fusillé revient au cœur du débat dans les années quatre vingt. Il ne s’agit plus alors seulement de réhabiliter, mais aussi de faire amende honorable et de reconnaître les fautes de l’armée et de la nation. Ce fort rejet de la place des fusillés dans la mémoire collective est inséparable des interactions qui se produisent avec l’autre grand traumatisme, celui de la Seconde Guerre mondiale.

L’un des grands mérite de ce livre est d’être toujours attentif à la dimension comparative, qui vient en contrepoint d’une " histoire mémoire " trop souvent franco-française. Le long développement consacré à la Grande-Bretagne en témoigne : là, en dépit de la mobilisation des familles, la résistance des autorités a été plus grande et il faut attendre les années quatre-vingt pour que le débat prenne une ampleur nouvelle, autour de la notion de Pardon, pour l’ensemble des fusillés, particulièrement nombreux dans l’armée britannique. Les résistances des autorités qui s’évertuent dans le même temps à refonder une lecture unanimiste du conflit, témoignent de la persistance des enjeux.

En France, les propos de Lionel Jospin en novembre 1998 lors d’un discours à Craonne sur la nécessaire réintégration dans la mémoire nationale collective des fusillés pour l’exemple relance la polémique. Si, comme le souligne à juste titre Nicolas Offenstadt, ces propos ont été largement simplifiés et déformés par la presse, ils n’en relèvent pas moins d’une étape importante dans un discours étatique traditionnellement plus mesuré. La question de la repentance hante, en cette fin de siècle, les grandes nations d’Europe.

Par-delà les multiples éclairages qu’il offre sur l’histoire de le France et de l’Europe contemporaine ­ histoire de la guerre, histoire du pacifisme, histoire des représentations, des mémoires et des identités nationales ­ cet ouvrage suggère l’importance des rites qui structure l’événement et sa mémoire : ceux qui entourent les exécutions, ceux qu’organisent les défenseurs des fusillés, autour des monuments et ces cérémonies, ceux des États enfin, refusant puis intégrant les fusillés à ces pratiques essentielles de la constitution identitaires. De Whitehall à Craonne, en passant par les rues de villes ou de villages, baptisées et débaptisées au gré des fluctuations des régimes, s’élabore, de l’espace privé à l’espace public, une ambitieuse histoire de l’appropriation sociale et politique du passé.

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Fusillade d’un “déserteur” (?) (date et lieu ?) [vers la source de l’image]

Les mutins du Chemin des Dames toujours pas pardonnés

Des descendants des Poilus fusillés de 1917 rendent hommage à leurs aïeux.

par Édouard Launet, Libération, le 30 juin 2007

C’est un bus blanc qui sillonne la campagne autour de Soissons. Qui traverse de jolis villages au centre desquels les monuments aux morts clament : « Merci à nos enfants morts pour la France. » Qui, de champs de bataille en cimetières, ratisse une mémoire douloureuse avec à son bord une vingtaine de personnes. Tous des descendants des « fusillés de 1917 ».

En avril et mai 1917, après l’offensive du général Nivelle sur le Chemin des Dames, qui se solda par un massacre (110 000 morts et blessés), des Poilus ont posé les armes. Assez de boucherie. Certains d’entre eux furent alors fusillés pour l’exemple. Denis Rolland, président de la société historique de Soissons, en a recensé vingt-sept. Il a retrouvé les familles de neuf d’entre eux. Les a invitées à venir deux jours (ces vendredi et samedi) sur les lieux des mutineries et des exécutions. « Pas pour réhabiliter ces hommes, ça n’aurait pas de sens, mais pour les réintégrer dans la mémoire collective. »

Denis Rolland reprend là l’expression de Lionel Jospin qui fit scandale en 1998. Le Premier ministre était venu à Craonne honorer la mémoire des combattants du Chemin des Dames. « Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être sacrifiés », avait dit Jospin, avant de souhaiter que les fusillés « réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale ». Tollé à droite. Le député RPR René Galy-Dejean donna le ton, déclarant que les propos de Lionel Jospin étaient « de nature à justifier dans l’avenir des actes de mutineries ». On en était resté là.

Victimes. Neuf ans plus tard, pour célébrer les quatre-vingt-dix ans du Chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne a lancé un appel à projets pour étoffer les cérémonies. Denis Rolland y a répondu avec ce projet de retour des familles. Adopté. « Nous sommes à la recherche d’un regard serein, apaisé, sur les mutineries, explique Yves Daudigny, président (PS) du conseil général. Il ne s’agit pas de repentance ni de réhabilitation. Nous serions plutôt en faveur d’une forme de pardon de la Nation à ces hommes qui furent des victimes de la guerre. » Vendredi, devant les familles, Yves Daudigny a souligné que, il y a quelques mois, les Britanniques, « qui ont eu aussi leurs fusillés de 14-18, leur ont accordé officiellement, par un vote du Parlement, le pardon ». Marcel Lebouc, qui a participé à la mutinerie de Berzy-le-Sec, a été fusillé le 28 juin, à 24 ans. Son petit-fils Michel, 61 ans, est du voyage. « Mon père n’a jamais su où avait été enterré son père. » Lui-même l’ignorait jusqu’à ce que Denis Rolland prenne contact avec lui. Michel Lebouc est venu du Vaucluse découvrir les lieux où son grand-père s’est révolté. Il ressent « comme un honneur » d’être là.

Le caporal Pierre Lefevre, qui fut de la mutinerie de Mercin, a été fusillé le 16 juin, à 20 ans. Il repose dans le grand cimetière militaire d’Ambleny, sous une croix où est écrit : « Mort pour la France » (c’est une erreur lors du transfert de la dépouille à Ambleny : les fusillés n’avaient le droit qu’à la mention « Décédé » ). Quatre membres de sa famille sont présents. Son petit-neveu Noël Ley dit avoir « un nœud dans l’estomac » et déclare devant la tombe : « Je considère qu’il est innocent. »

Beaucoup des passagers du bus ont appris les circonstances de la mort de leurs aïeux par Denis Rolland, qui a consacré un livre au sujet [2]. « La plupart n’étaient jamais venus ici », précise l’auteur. Joseph Bonniot, mutiné à Viel-Arcy, a été fusillé le 20 juin à 33 ans. Sa tombe a disparu. « C’était le cousin de mon grand-père », confie une dame venue d’Allemagne. « Dans notre famille, Joseph Bonniot était considéré comme une tache sur notre honneur ». Personne ne s’était préoccupé de savoir ce qui s’était vraiment passé . La terre du Chemin des Dames est gorgée d’histoire : elle rend cinq à dix dépouilles de Poilus par an, indique Jean-Luc Pamart. Le président de l’association Soissonnais 14-18 pense qu’il reste « 250 000 soldats dans la terre du coin ». Agriculteur, il sait qu’en creusant ne serait-ce que de 20 cm on tombe sur les tranchées, presque intactes. Le passé est là, tout près. « Je cultive sur des charniers. » dit-il.

Poteau. Vendredi, le clou fut la visite à Vingré, le « village des fusillés ». Autre histoire : c’était le 4 décembre 1914. Six soldats tirés au sort étaient collés contre le poteau pour abandon de poste devant l’ennemi. Un gradé avait donné un ordre de repli, on ne l’a su qu’après. Les « six » ont été réhabilités en 1921, un monument a été érigé quatre ans plus tard. A Vingré, un certain Guy, habillé en Poilu, a lancé aux familles : « Soyez fiers de vos aïeux. Grâce à leur action contre la barbarie des généraux, ils ont sauvé les vies d’autres soldats. »

Édouard Launet

Notes

[1] Dans son discours du 5 novembre 1998 à Craonne, Lionel Jospin avait souhaité que les soldats « fusillés pour l’exemple », « épuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond », qui « refusèrent d’être des sacrifiés », victimes « d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale ».

[2] La Grève des tranchées, Ed. Imago (2005).

 

source du texte : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1624



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